La DRC s’achemine vers la levée de la suspension d’exportation du Cobalt
Le marché international du cobalt, un minerai stratégique pour l’économie congolaise, a enregistré une hausse spectaculaire de 32,10 % du prix par tonne, suite à la décision du gouvernement congolais de suspendre temporairement les exportations. . Cette décision arrive à terme le 22 juin 2025, et on ne sait toujours pas si la mesure sera prolongée. L’objectif était de faire remonter le prix, en réduisant l’offre de cobalt sur le marché. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, du moins en partie, car depuis quelques semaines, le prix du cobalt s’est stabilisé autour de 33 000 dollars la tonne sur le marché mondial.
Un bond significatif des prix
Durant la semaine du 24 au 29 mars 2025, la tonne de cobalt s’est échangée à 35.110 USD, contre 26.578 USD la semaine précédente. Cette flambée des prix reflète l’importance cruciale de ce minerai dans la production des batteries lithium-ion, utilisées notamment dans les smartphones, les véhicules électriques et autres appareils électroniques.
Le cobalt a connu d’importantes fluctuations au fil des ans. En 2017, son prix avait atteint près de 100.000 USD la tonne, avant de chuter de près de 70 % en sept ans, malgré une demande mondiale en forte augmentation depuis 2010, en raison de la transition énergétique et de la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles.
La RDC, leader incontesté de la production mondiale
D’après l’Institut d’études géologiques des États-Unis, la RDC demeure le premier producteur mondial de cobalt, avec 170.000 tonnes extraites en 2023, représentant près de 75 % de la production mondiale.
En comparaison :
- L’Indonésie, deuxième producteur mondial, a produit 17.000 tonnes (7 % du marché) ;
- La Russie a extrait 8.800 tonnes, soit 4 % de la production mondiale.

En clair, cette suspension des exportations se veut être une stratégie économique du gouvernement congolais pour renforcer la valeur de son cobalt sur le marché international et accroître ses recettes minières. Elle s’inscrit également dans une volonté de favoriser une transformation locale du minerai, afin de stimuler l’industrialisation du pays.
En perspective…
Mukendi, Jimmy Munguriek, directeur pays de l’ONG internationale Resource Matters, recommande au gouvernement de définir un quota très clair pour les entreprises exploitantes, accompagné de critères bien précis.
« Nous estimons que si la mesure doit être levée, l’État doit fixer un quota d’exportation par entreprise, car il ne s’agit pas d’inonder le marché après cette suspension. D’autant que, pendant ces quatre mois, les entreprises auront accumulé d’importants stocks. Il faut également établir des critères transparents pour attribuer ces quotas », explique-t-il.
Il propose qu’à long terme, le gouvernement « conditionne l’exportation de cobalt à une transformation locale préalable. Seules les entreprises capables de transformer le minerai sur place devraient avoir la priorité pour l’exporter ». Une mesure qui, selon lui, stimulerait l’industrialisation locale.
Par ailleurs, le gouvernement devrait n’accorder des licences d’exportation qu’aux entreprises respectant les normes minimales, notamment environnementales et sociales. Munguriek insiste aussi sur la nécessité de renforcer la gouvernance du secteur minier et d’adopter des mesures pour soutenir les prix.
De son côté, le Centre Carter a récemment tiré la sonnette d’alarme sur la faible participation des citoyens congolais dans le secteur extractif. Son représentant pays, Romain Ravet, a déploré leur méconnaissance de leurs droits et de la valeur générée par ces ressources.
« Aujourd’hui, la gouvernance du secteur extractif est l’affaire d’élites techniques et politiques. Les Congolais, pourtant propriétaires de ces ressources minières et hydrocarbures, y participent peu. Ils ignorent leurs droits et la richesse créée par les ressources de la RDC », a-t-il regretté.
Il recommande donc un meilleur équilibre dans la diffusion d’informations entre le gouvernement et la population, « détentrice légitime de ces ressources ».
Pour Patrick Luabeya, président du conseil d’administration de l’ARECOMS, la mesure de régulation visait à « remettre les choses en perspective : maîtriser l’offre mondiale tout en garantissant une rémunération équitable pour les artisans, l’État et les investisseurs ».
« Il s’agit de rétablir un partage juste de la valeur », a-t-il conclu.
Cette suspension a paralysé l’exploitation artisanale du cobalt, contraignant certains acteurs à se reconvertir vers d’autres minerais comme le cuivre. C’est le cas au Lualaba, province abritant les plus grandes réserves de cobalt de RDC, où l’entreprise Congo Dongfang International Mining (CDM) a suspendu ses activités en raison de la chute des prix.
