Quels pays africains sont les leaders miniers de demain ?
À l’heure de la course aux minerais de la transition énergétique et d’un prix de l’or record, le classement inédit Jeune Afrique révèle quels États du continent ont le plus d’atouts pour capter les financements voués à développer des projets dans le secteur. En tête, la zone australe et les pays regorgeant de cuivre.

Un podium qui fait triompher le sud du continent, avec le Maroc et la Copperbelt en challengers, suivis en ordre dispersé par les pays dirigés par des juntes : voici les résultats de notre classement des 25 pays miniers les plus attractifs d’Afrique. Une photographie en forme de promesse pour les premiers, et de défi pour les suivants.
Car aujourd’hui, et peut-être plus que jamais, tout le monde a besoin de minerais. De cuivre et de cobalt pour les batteries et les équipements de la transition énergétique, d’or pour les caisses des banques centrales et la joaillerie, de fer et de manganèse pour la construction… Une bataille qui décuple les rivalités entre gouvernements et entreprises du monde entier, et qui draine des sommes phénoménales sur le continent : pour 2024, S&P Global y évaluait à 9,4 milliards de dollars les dépenses dans le développement minier, à 1,27 milliard celles dans l’exploration.
Quatre critères essentiels
Pour déterminer qui a le plus de chances de se partager cette manne financière, Jeune Afrique a pris en compte quatre critères (retrouvez notre méthodologie complète ne fin d’article) : le volume de réserves de treize minerais majeurs (bauxite, cobalt, cuivre, diamants, fer, graphite, lithium, manganèse, nickel, or, platine, uranium et zinc), le cadre légal et la gouvernance, le climat des affaires et le risque pays, les infrastructures de transport et énergétiques. Jeff Quartermaine, PDG de Perseus Mining, producteur d’or actif en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Tanzanie et au Soudan, souligne en effet que « la géologie est essentielle, mais elle ne fait pas tout. En ce qui concerne l’or, par exemple, [le] permis [de Perseus Mining] au Soudan est le meilleur de [son] portefeuille ». Pourtant, tant que la guerre civile y fera rage, le producteur d’or australien ne pourra pas construire une mine dans ce pays, qui n’entre même pas dans notre classement.
Voici notre classement :https://datawrapper.dwcdn.net/yv6mU/1/
| Rang | Pays | Score total | Ressources géologiques | Projets minerais critiques | Risque/climat des affaires | Cadre légal/ gouvernance | Infras |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Afrique du Sud | 79 | 80 | 90 | 55 | 41 | 52 |
| 2 | Namibie | 67 | 50 | 70 | 60 | 68 | 37 |
| 3 | Botswana | 63 | 40 | 40 | 65 | 92 | 36 |
| 4 | Maroc | 61 | 50 | 20 | 60 | 87 | 39 |
| 5 | RD Congo | 56 | 70 | 70 | 28 | 25 | 17 |
| 5 | Zambie | 56 | 50 | 60 | 40 | 57 | 22 |
| 7 | Guinée | 54 | 70 | 30 | 40 | 34 | 26 |
| 8 | Mauritanie | 51 | 60 | 10 | 45 | 61 | 18 |
| 9 | Tanzanie | 51 | 40 | 50 | 50 | 46 | 27 |
| 10 | Ghana | 46 | 50 | 10 | 50 | 46 | 23 |
| 11 | Mali | 44 | 60 | 20 | 35 | 33 | 12 |
| 12 | Liberia | 40 | 60 | 0 | 35 | 42 | 2 |
| 13 | Ouganda | 39 | 40 | 10 | 45 | 46 | 16 |
| 14 | Côte d’Ivoire | 38 | 30 | 0 | 55 | 47 | 28 |
| 15 | Burkina Faso | 38 | 40 | 10 | 40 | 37 | 22 |
| 16 | Cameroun | 37 | 50 | 20 | 40 | ND | 23 |
| 17 | Angola | 35 | 20 | 20 | 40 | 56 | 17 |
| 18 | Congo | 32 | 60 | 0 | 40 | ND | 2 |
| 19 | Mozambique | 32 | 30 | 20 | 35 | 21 | 24 |
| 20 | Zimbabwe | 31 | 30 | 30 | 20 | 24 | 23 |
| 21 | Niger | 27 | 40 | 0 | 40 | 15 | 1 |
| 22 | Madagascar | 27 | 30 | 10 | 45 | ND | 20 |
| 23 | Gabon | 22 | 20 | 0 | 40 | ND | 29 |
| 24 | Sierra Leone | 16 | 20 | 0 | 35 | ND | 3 |
| 25 | Togo | 13 | ND | 10 | 50 | ND | 4 |
*Les nombres correspondent à une note sur 100 **ND: non déterminé
Par ailleurs, alors que la transition énergétique et numérique est au cœur de la course aux métaux en Afrique, ont également été valorisés les pays où des projets d’exploration ou de développement de minerais critiques sont en cours, selon « Critical Minerals: The Pivotal Outlook », un outil développé par Africa Business+ et EY.
L’Afrique australe mène la danse
Surprenant ? En tête de notre classement, trône, avec une large avance, l’Afrique du Sud. Cœur historique de l’industrie minière du continent, le pays n’a pourtant pas cessé, ces dernières années, de faire les gros titres d’une presse internationale prompte à souligner ses faiblesses : pénuries d’électricité, difficultés logistiques ou encore corruption endémique. L’industrie minière y apparaît quant à elle vieillissante, plombée par des incertitudes réglementaires et par la chute des profits des producteurs de platine. Malgré ces nombreux handicaps, la première économie d’Afrique cumule tant d’atouts qu’elle conserve un pouvoir de séduction bien supérieur aux autres. Elle dispose du premier réseau routier et ferroviaire d’Afrique, obtenant ainsi le meilleur score de notre classement en matière d’infrastructures. Les institutions et les système bancaires comme financiers y sont plus matures et plus solides que partout ailleurs sur le continent.
Surtout, l’Afrique du Sud reste un pays doté de réserves minières immenses – et dont l’exploitation apparaît aisément rentable. Elle est numéro 1 de notre classement sur ce critère, comme sur celui des projets de métaux critiques en cours, notamment grâce au platine. Si ce minerai, dont l’Afrique du Sud détient 80 % des réserves mondiales, pâtit du tournant vers la voiture électrique – une large frange de sa demande étant liée à la fabrication de pots catalytiques –, il reste un métal d’avenir. « Il y a un regain d’intérêt pour le platine du fait de son rôle clé dans le développement de technologies liées à l’hydrogène vert », explique ainsi Guillaume Marion, manager chez EY.A lire :
Cinq questions pour comprendre le bras de fer entre les juntes et les sociétés minières au Sahel
Voisins de la nation Arc-en-Ciel, la Namibie et le Botswana la suivent dans notre classement, mais à distance respectable. Ces deux pays sont souvent loués pour leur stabilité institutionnelle, essentielle dans le secteur. « Un projet minier, c’est vingt à trente ans d’activité, avec d’importantes infrastructures nécessaires quand on entre en phase de production. Cela nécessite de la visibilité », nous explique un cadre de l’industrie.
Le Botswana est même numéro 1 en termes de cadre législatif et de climat des affaires. Connu pour ses diamants, exploités principalement par De Beers, le pays est aussi riche en métaux de la transition. Pour sa part, la Namibie obtient le deuxième meilleur score quant au nombre de projets dans les minerais critiques, derrière l’Afrique du Sud mais à égalité avec le « scandale géologique » qu’est la RDC. Windhoek n’est pas qu’un hub de l’uranium, il compte aussi du lithium et du cuivre, et son climat des affaires est attractif.
Le cuivre en pointe
Les trois suivants du classement ont eux aussi une forte présence de cuivre dans leur sous-sol. Un métal dont la conductivité exceptionnelle lui confère un statut clé dans la transition énergétique et numérique.
La RDC (5e ex aequo) en détient les plus grandes réserves du continent (80 millions de tonnes), avec des gisements de haute teneur. De quoi rendre le pays séduisant malgré un climat des affaires très dégradé (24e du classement) et une législation comme une gouvernance loin de susciter la confiance. Le cadre précédemment cité confie : « Si la RDC inquiète, le retour sur investissement y est grand : il s’y trouve des gisements exceptionnels. »
Avec les deuxièmes réserves cuprifères d’Afrique (21 millions de tonnes), la Zambie arrive ex aequo avec la RDC dans notre classement général. « Lusaka profite du risque perçu dans certains pays voisins », estime notamment Guillaume Marion. « La Zambie a par ailleurs mis en place un cadre propre à attirer des acteurs très diversifiés dans le cuivre : le géant canadien Barrick Gold, la junior américaine KoBold Metals, des groupes chinois, d’autres venus du Golfe… » Les autorités ont également un plan ambitieux pour booster la production annuelle de 700 000 à 3 millions de tonnes d’ici à 2030.
Face aux deux géants du cuivre, le Maroc fait pâle figure avec ses 11,6 millions de tonnes, mais son cadre légal comme son climat des affaires sont plébiscités et lui permettent d’accéder à la 4e place de notre classement. Avertissement néanmoins, un cadre favorable ne prévient pas de tous les conflits : le britannique Emmerson menace de lancer un arbitrage contre le royaume sur fond d’enjeux environnementaux liés à son projet de potasse à Khemisset.
Des juntes plus ou moins séduisantes
Si les juntes ouest-africaines ont secoué le secteur minier ces dernières années, les conséquences ne sont pas les mêmes sur leur niveau d’attractivité. La Guinée est 7e de notre classement. Plombé par une perception médiocre de son cadre légal et de sa gouvernance, comme par ses infrastructures limitées, le pays se rattrape avec des réserves gigantesques de bauxite, d’or et de fer.
Et, manifestement, la gestion du pays par le général Mamadi Doumbouya depuis son putsch de 2021 n’a pas repoussé les investisseurs. Bien au contraire, Rio Tinto, Baowu et Winning Consortium Simandou investissent environ 20 milliards de dollars pour faire entrer le projet de fer de Simandou en production cette année. Ils ont aussi signé des dizaines de millions de dollars de contrats avec des sociétés guinéennes : disposer d’un tissu d’acteurs nationaux capables de répondre aux besoins du secteur minier et aux exigences de contenu local est aujourd’hui capital pour attirer les investisseurs.
Bien que le Mali n’ait pas la même image que son voisin depuis les négociations très tendues menées par la junte au pouvoir avec les opérateurs miniers occidentaux au sujet du code de 2023, il atteint la 11e place du classement. Le Burkina Faso, miné par la menace sécuritaire, est 15e. Il faut dire que les deux pays regorgent d’or : « Chez les investisseurs, il y a les frileux et les pragmatiques. Pour ces derniers, l’important, c’est la rentabilité. À plus de 2 600 dollars l’once d’or, l’incertitude politique et sécuritaire est gérable », tranche un consultant.
À l’inverse, le Niger (21e), plus connu pour son uranium que pour son or, est plombé par le plus mauvais score de notre liste en termes d’infrastructures. Le yellowcake (concentré d’uranium) est, en général, exporté par la route ou par le rail, quand l’or s’expédie par avion. Le Niger est aussi dernier en ce qui concerne le cadre légal et la gouvernance. Pourtant, aujourd’hui, beaucoup jugent le Mali plus rebutant encore. Outre les dispositions de son nouveau code, plus rémunératrices pour l’État, le Mali refroidit du fait de l’instabilité des règles, de la brutalité des mesures, du manque de clarté de certaines parties de sa législation et des contraintes renforcées sur le rapatriement de fonds vers l’étranger, alors que c’est là-bas que les dividendes sont payés et les prêts remboursés. Les intérêts des gouvernements ne coïncident pas toujours avec ceux des investisseurs…
Voir à long terme
Guillaume Marion rappelle que « l’attractivité des pays du Sahel dépend de chaque acteur et d’où celui-ci vient. Il est probable que les entreprises occidentales y limitent les projets dans les prochaines années, mais que des sociétés venues d’autres zones s’accommodent de la situation. Pour les États, la réduction du nombre de compagnies minières ayant le potentiel d’investir chez eux diminue leur pouvoir de négociation, ce qui peut se révéler désavantageuse à long terme ».
Tout en bas de notre classement, la place du Zimbabwe (20e) ne surprend pas. Malgré des ressources minières diversifiées, le pays est de longue date considéré comme difficile pour les affaires, du fait de la corruption, de l’hyperinflation et d’un système financier en mauvaise santé. C’est aussi sur le temps long que Madagascar (22e) a perdu des points auprès des investisseurs : depuis 2011, l’octroi, le renouvellement et la transformation de titres miniers y sont suspendus. En 2023, les autorités ont néanmoins annoncé un plan de relance, laissant espérer une amélioration d’ici à quelques années. La Grande Île suivrait ainsi la tendance de la Zambie et de la Tanzanie, qui ont un temps alarmé les investisseurs avant un retour en grâce. Dans le secteur minier, c’est bien à long terme que tout se joue. Les parias d’hier seront peut-être les favoris de demain.
Méthodologie de notre classement des 25 pays miniers les plus attractifs
Pour construire notre classement, nous avons établi cinq grandes familles de critères : les réserves géologiques disponibles de onze minerais majeurs en Afrique (bauxite, cobalt, cuivre, diamants, fer, graphite, or, lithium, manganèse, nickel et platine), le nombre de projets en cours dans les minerais critiques, le risque pays et climat des affaires, la qualité du cadre législatif et de la gouvernance, et la qualité des infrastructures (transport et énergie).
Les deux premiers critères, relatifs aux minerais, représentent 50% du score final. Les trois autres critères, relatifs à l’environnement propice au développement du secteur minier, représentent, à parts égales, 50% du score final.
Les sources utilisées sont multiples, parmi lesquels le Fraser Institute, la Coface, l’Institut d’étude géologiques des États-Unis (USGS), Critical Minerals : Pivotal Outlook ou encore theglobaleconomy.com.
Les données tirées de ces sources ont été unifiées et harmonisées, et une note sur 100 a été attribuée à chacun des critères. Lorsqu’une donnée était manquante – « ND » dans le tableau, une note de « 0 » a été attribuée pour le critère correspondant lors du calcul du score final.