Transformation du manganèse : Protocole d’accord entre Eramet et le Gabon
Eramet et sa filiale gabonaise Comilog ont signé le lundi 20 juillet à Paris un protocole d’accord avec l’Etat gabonais, fixant un nouveau calendrier de transformation locale du manganèse, avec des échéances industrielles échelonnées entre fin 2028 et 2031. Ni le communiqué du groupe minier français ni les prises de parole officielles gabonaises ne mentionnent l’interdiction des exportations de minerai brut décrétée par Libreville en mai 2025, censée entrer en vigueur au 1er janvier 2029.
Chacun des trois scénarios industriels du protocole reste soumis à une décision finale d’investissement, c’est-à-dire l’engagement formel et chiffré d’Eramet à financer le projet une fois les conditions techniques, environnementales et économiques validées. Tant que cette décision n’est pas prise, un projet demeure une hypothèse d’étude, pas un chantier.
Un calendrier sous conditions
Le premier scénario, une usine d’oxyde de manganèse près de Libreville d’une capacité initiale de 10 000 tonnes par an, pourrait démarrer fin 2028, sous réserve de cette DFI. Le deuxième, la réfection du Complexe métallurgique de Moanda (CMM), en service depuis 2015, vise un redémarrage fin 2029 avec une capacité à l’étude allant jusqu’à 70 000 tonnes d’alliages par an.
Le troisième, le plus important avec 265 000 tonnes d’alliages par an, ne pourrait démarrer qu’en 2031, et seulement après la signature d’une convention d’investissement distincte et la sécurisation de l’accès à l’énergie, que l’Etat gabonais s’engage à assurer avec l’appui de tiers autres qu’Eramet.
Un comité de suivi réunissant le groupe, Comilog et les autorités gabonaises se réunira chaque trimestre pour valider l’avancement de ces trois projets. Autrement dit, la seule échéance fixée avant 2029 ne porte que sur une capacité modeste, quand le projet le plus significatif pour la chaîne de valeur est renvoyé à une date postérieure à l’interdiction annoncée.
Un partenaire déjà enraciné au Gabon
Eramet négocie ce nouveau calendrier en tant que principal groupe minier opérant dans le pays et le plus avancé en matière de transformation locale. Le groupe est implanté au Gabon depuis près de trente ans, et Comilog a assuré plus de 70 % de la production nationale de manganèse en 2022, selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives.
Le Complexe industriel de Moanda transforme une partie du minerai depuis 2000, et le groupe avait anticipé la pression politique en nommant, dès août 2025, un « Directeur Transformation de la chaîne de valeur Gabon », quelques mois après l’annonce de l’interdiction des exportations brutes. Le seul autre projet gabonais de transformation, porté par Nouvelle Gabon Mining à Franceville, ne dispose à ce jour d’aucune date de mise en service annoncée.
Cette antériorité s’accompagne toutefois d’un contexte financier tendu pour le groupe français. Eramet a enregistré en 2025 une perte nette de 477 millions d’euros, et fait approuver, le 27 mai dernier, une recapitalisation de 500 millions d’euros. Le fonds Orion Critical Mineral Consortium, adossé à l’agence américaine DFC et au fonds souverain émirati ADQ, négocierait une entrée au capital via la famille Duval, premier actionnaire du groupe. L’Etat gabonais, qui détient déjà 29 % de Comilog, a lui-même signalé son intention d’entrer au capital de la maison mère.
Le protocole d’accord du 20 juillet ne tranche donc pas la question du maintien de l’échéance de janvier 2029. Il fixe en revanche un cadre où cette question devra, tôt ou tard, être posée explicitement, notamment lors des réunions trimestrielles du comité de suivi. L’obligation gabonaise de transformation locale s’imposera par ailleurs à tout actionnaire qui prendrait demain le contrôle majoritaire d’Eramet, qu’il s’agisse de Washington, d’Abou Dhabi ou de Libreville lui-même.