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Le Mali lance la construction d’une nouvelle raffinerie d’or

Le Mali a commencé lundi la construction d’une nouvelle raffinerie d’or soutenue par la Russie, ce qui, selon le chef militaire du pays ouest-africain, lui permettrait de se rapprocher de l’affirmation de son contrôle sur ses ressources naturelles. L’usine d’une capacité de 200 tonnes, dans laquelle le Mali détient une participation majoritaire, sera construite en partenariat avec le groupe russe Yadran et une société d’investissement suisse.

Le Chef de la junte millitaire au Mali, le colonel Assimi Goita, a déclaré l’année dernière que toutes les sociétés minières seraient tenues de traiter leur or localement en vertu des dispositions du nouveau code minier (2023), sans fournir de date limite. Cela reflète un changement régional plus large qui s’étend à travers le Sahel, où la Guinée, le Niger et le Burkina Faso ont également révisé leurs codes miniers pour imposer la transformation locale, ajoutant de la valeur à leurs exportations et augmentant les avantages économiques de leurs ressources.

« Depuis 1980, l’or du Mali est exporté pour être raffiné et vendu vers des pays comme les Émirats arabes unis, l’Afrique du Sud et la Suisse », a déclaré Goita lors de la cérémonie d’inauguration de la nouvelle usine à Senou, à l’extérieur de la capitale Bamako.« Cela prive notre pays de revenus substantiels qui pourraient être utilisés pour le développement de son économie. ».

Le gouvernement n’a pas encore fixé de date butoir pour l’achèvement des travaux de l’usine. Une fois pleinement opérationnelle, elle transformera tout l’or produit au Mali en lingots avant son exportation, avec une capacité près de quatre fois supérieure à la production annuelle d’or du Mali. Faisant écho aux commentaires de Goita, le président de Yadran, Irek Salikhov, a déclaré lors de la cérémonie que la raffinerie deviendrait « un centre régional de traitement de l’or extrait non seulement au Mali, mais aussi dans les pays voisins, comme le Burkina Faso ». L’Afrique de l’Ouest est un important producteur d’or, mais elle manque d’une raffinerie d’or fonctionnelle et certifiée à l’échelle mondiale, malgré les tentatives d’en créer une, notamment par le Ghana premier producteur d’or du continent.

La raffinerie s’inscrit dans le cadre des vastes réformes minières mises en place par Goita depuis la prise de pouvoir du chef militaire en 2021 et la rupture de ses relations avec ses partenaires occidentaux. La révision du code minier du Mali a perturbé les investisseurs et débouché sur des bras de fer. Un tribunal malien a ordonné ce mois-ci la reprise des activités des mines de la société minière canadienne Barrick et sa mise sous contrôle temporaire du Gouvernement malien. Goita a déclaré que la raffinerie permettrait au Mali de mieux suivre sa production et ses exportations d’or. Comme de nombreux pays africains, le Mali perd des milliards de dollars à cause de la contrebande d’or, faute de raffineries d’or certifiées et de programmes de traçabilité.

Alors que le Mali estime annuellement la production de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) à 6 tonnes d’or, SWISSAID souligne que les estimations plus réalistes situent cette même production entre 30 et 57 tonnes chaque année. À titre de comparaison, la production industrielle d’or déclarée par le Mali a atteint 66 tonnes en 2022 et 2023.

Selon les calculs de l’organisation helvétique, le Mali aurait produit plus de 300 tonnes d’or d’EMAPE non déclaré entre 2012 et 2022. Cela représenterait une valeur globale de 13,5 milliards de dollars d’or qui échappe aux circuits officiels, privant ainsi l’État de revenus fiscaux notamment. Le phénomène, qui alimente aussi l’insécurité, concerne d’autres pays du Sahel, comme le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger.

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